Melissa Bellevigne
Sept jours en Écosse
Hauteville, 2024
Et si sept jours suffisaient à retrouver la personne que l’on était avant que le quotidien ne prenne toute la place ? C’est la belle promesse de ce roman, qui suit Marie, une jeune mère épuisée par la charge mentale, décidée à s’offrir une parenthèse au cœur des Highlands écossais.
Si le début du roman est assez répétitive mais possède tous son sens pour la suite du récit. Entre paysages grandioses et cheminement intérieur, Melissa Bellevigne propose une lecture toute en douceur, sincère et réconfortante. Elle aborde avec beaucoup de justesse des thèmes comme la fatigue du quotidien, les sacrifices consentis pour les autres et la nécessité de penser aussi à soi. Les descriptions de l’Écosse sont particulièrement immersives et donnent envie de partir sur-le-champ, tandis que l’évolution de Marie sonne juste et touche facilement le lecteur. À noter que certains passages consacrés aux blessures du passé de la protagoniste sont évoqués assez rapidement et auraient mérité d'être davantage approfondis.
Sans artifices, l’autrice livre une histoire pleine d’espoir, qui rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour reprendre le fil de ses envies. Et puis un voyage en Ecosse, difficile de résister !
Lou'
Octavia E. Butler
L’aube
Au diable vauvert, 2022
La Terre a été dévastée par une guerre nucléaire. Les humains ont été sauvés par un peuple extraterrestre, les Oankali, qui les ont emmenés dans leur vaste vaisseau spatial vivant. Créatures dotées de tentacules, experts en génétique, ils ont sauvé les rares survivants d'une Terre mourante et sont prêts à ramener Lilith et les derniers humains sur leur planète régénérée, à condition qu'ils conçoivent un enfant hybride. Lilith est désignée pour réveiller d'autres humains et les préparer à accepter leur nouvelle réalité. Elle devient un pion dans un jeu complexe où l'avenir de l'humanité est en jeu, déchirée entre la révolte contre ces envahisseurs bienveillants et la nécessité de survivre. Consentement, liberté, identité, pouvoir et survie...
Butler présente les Oankali, comme des entités à la fois repoussantes et étrangement bienveillantes. Leur désir sincère d'améliorer les humains à travers la fusion biologique soulèvent des questions éthiques troublantes. L'auteure ne tombe pas dans le piège du manichéisme, mais nous force à nous interroger : jusqu'où peut-on aller pour sauver une espèce ? Et à quel point l'idée même d'humanité doit-elle être redéfinie ?
Octavia Butler m’a vraiment bluffée par son inventivité. J’essaie toujours de visualiser les Oankali et leur vaisseau-univers.
Octavia E. Butler est une autrice afro-américaine décédée en 2006 à même pas 60 ans qui avait cependant eu le temps auparavant de publier 12 romans et 2 recueils de nouvelles tous très intenses que le Diable Vauvert a entrepris de traduire depuis quelques années.
Ce premier tome ouvre la voie à une saga qui questionne notre humanité, nos choix, et notre avenir en tant qu'espèce.
Mimi
La cuisinière du Kaiser – Armel Job (2025)
Magda et Victor se marient en 1885 puis fondent le Grand Hôtel des Ardennes. En 1914, alors que la guerre fait rage, les troupes allemandes mettent le feu à l'établissement et un officier tue Guillaume, le fils préféré de Magda. Dès lors, elle veut obtenir justice. Là où les autres auraient pensé à une vengeance sanglante, elle a en tête une solution bien plus intelligente. Elle souhaite pouvoir s'entretenir avec le Kaiser, mais ne se laisse ni impressionner ni marcher sur les pieds.
« Excusez-moi, Votre Majesté. Je voulais simplement suggérer que, si ceux qui décident des guerres devaient eux-mêmes exécuter leurs adversaires, ils renonceraient bien vite aux arguments qui les font recourir aux armes. Un mort pour eux n'a pas plus d'importance qu'un pion perdu dans une partie d'échecs. La guerre, pour vous, n'est qu'un jeu. »
L'histoire locale est finement évoquée pour bien situer les personnages de la fin du XIXe siècle et du début XXe. Pour cela, l'auteur a effectué des fouilles méticuleuses dans les archives pour rendre le contexte de l'époque. Les relations familiales sont traitées avec beaucoup de sensibilité.
Recommandé par le Café lecture.
Rebecca F. Kuang
Babel, ou la nécessité de la violence
(2023).
1828. Robin Swift, orphelin de Canton, est amené à Londres par le professeur Lovell. Là, il s'entraîne au latin, au grec ancien et au chinois, en prévision de s'inscrire à Babel, l'institut royal de traduction de l'université d'Oxford, centre mondial de traduction et principal outil de colonisation de l'Empire, qui, malgré son racisme inhérent, a besoin d'étudiants étrangers comme matière première pour alimenter sa puissance. Robin est tiraillé entre ses études et ses aspirations révolutionnaires. On découvre une Angleterre du 19e siècle alternative, où l'Empire domine grâce à la magie des traducteurs d'Oxford, on y reconnaît toujours notre histoire : l'échec des luddistes, la révolution industrielle, le colonialisme brutal, l'esclavage, la guerre de l'opium… Et toujours la violence comme solution à tous les problèmes.
Recommandé par le Café lecture.
Daniel Charneux
Nuage et eau, suivi de Maman Jeanne
Espace Nord, 2017
Deux biographies. L'une est celle du moine bouddhiste zen Ryôkan (1758-1831). Une vie intense, proche de l'essence du monde, en communion avec la nature, comblée par le vol des oiseaux, les jeux des enfants, le vent dans les feuilles, la croissance d'un bambou et les ricochets à la surface de l'eau. De sa belle écriture calligraphiée, Ryokan fige ces bonheurs purs pleins de sérénité avec des haïkus transcendés, au crépuscule de sa vie, par une rencontre avec une moniale, sage et aérienne, de quarante ans sa cadette, avec qui il entretint une correspondance poétique.
L'autre met en scène Jeanne, qui, dans sa cuisine, raconte sa vie et son placement dans un centre de soin familial en psychiatrie. Mariée à un négociant en spiritueux choisi par son père, elle se retrouve rapidement veuve avec trois fils dont l'un lourdement handicapé.
Elle se placera comme bonne chez un curé pour subvenir aux besoins des siens, hébergés par sa belle-famille et c'est alors que tout basculera. Car l’amour est interdit entre un curé et sa servante. C’est pourtant le seul moment doux qu’elle connaîtra dans sa vie si âpre.
Jeanne est une femme simple dont la famille, le milieu, les préjugés du temps et l'ignorance forgeront le destin. C'est une victime, victime de la vie mais aussi de la méchanceté de certains. Et son crime, avoir aimé, elle le paiera toute sa vie.
Vies minuscules, vies passionnées, l'auteur explore d'une écriture fluide, pure et simple l'amour et la douleur de vivre.
Recommandé par le Café lecture.
Philippe Claudel
Wanted
Stock, 2025
Lors d'une conférence de presse ubuesque, Donald Trump écoute sans sourciller Elon Musk promettre un milliard de dollars à qui « butera ce fils de pute de Vladimir Poutine », avant de s'adresser lui-même au dirigeant russe : « Tu as voulu me baiser », « tant pis pour toi », « Vladimir, tout cela est ta faute. » L'écrivain et président du Goncourt s'amuse à mettre en scène Trump, Musk et Poutine dans une dystopie burlesque sur les dérives d'une hyperpuissance devenue incontrôlable.
« La stupidité progressant plus vite que l'intelligence, et l'explosion démographique accentuant le phénomène, il devenait clair que le pourcentage d'idiots était significativement plus important au début du XXIe siècle qu'il ne l'avait été sous l'empereur Auguste. »
Recommandé par le Café lecture
Bruno Patino
La civilisation du poisson rouge : Petit traité sur le marché de l’attention
Grasset, 2019
Accros aux écrans : comment en est-on arrivé là ?
Découvrez comment les GAFAM (Google, Facebook, Deezer, Spotify, etc.) ont fait de l’utopie de l’internet libre et communautaire, une machine économique basée sur la captation de l’attention en H24. A l’aide des algorithmes, ils pompent vos données personnelles et vous occupent l’esprit en permanence créant, selon vos préférences, un joli aquarium duquel vous ne sortirez plus.
Plutôt que rassembler, ils isolent. Ils décident de vos besoins et de vos gouts et vous empêchent de sortir des rails tracés par l’algorithme que volontairement vous nourrissez.
Ne devenez pas un poisson rouge, déconnectez-vous !!
Ce titre est également disponible en BD (Dupuis, 2026)
Tom
Caroline O’Donogue
L’affaire Rachel
Mercure de france, 2025
Dans l’Irlande des années 2010, en pleine récession économique, Rachel et James partagent une amitié fusionnelle, une maison délabrée, les galères et les fous rires. Ces deux jeunes personnes, sur le chemin de l’âge adulte, vivent leurs premières histoires d’amour, s’accrochent à des petits boulots, à l’espoir d’un jour, vivre loin et devenir célèbres.
C’est un roman plein de fraîcheur, de tendresse et d’humour que nous livre Caroline O’Donogue, sans pour autant éviter les sujets plus sombres, comme la difficulté d’assumer son homosexualité, ou encore celle d’avorter, dans une société encore très empreinte de puritanisme religieux.
Céline
Sergueï Shikalov
Espèces dangereuses
Seuil, 2024
« Qu’en reste-t-il ?
Des souvenirs. »
Le narrateur de ce récit s’interroge sur les vestiges d’une jeunesse russe LGBT* qui a senti un souffle de liberté et d’acceptation dans son pays avant de voir l’étau se resserrer à nouveau sur sa communauté.
Des souvenirs épars de ces années 90/2000 fluo au son de Mylène Farmer, retranscrit dans un « on » collectif, ce « on » qui a cru, enfin, pouvoir vivre et assumer pleinement son identité.
Si le récit est d’abord plutôt joyeux et léger, il s’assombrit à mesure que le climat anti LGBT* s’intensifie avec la montée en puissance de Poutine.
Un très beau témoignage, qui nous montre une fois de plus que les droits des minorités ne sont jamais acquis.
Céline
La lumière de la Toscane m’a amenée vers ce livre de Philippe Besson qui a été pour moi un vrai bonheur de lecture. L’auteur nous plonge au cœur des années 60 dans la famille de sa mère, Colette. Eté 1964, Un père, Paul Virsac, professeur d'italien au lycée Massena à Nice, une mère Gaby, employée des PTT, et leurs deux filles Suzanne et Colette, se dirigent vers l’Italie pour passer quelques semaines dans une pension de famille entre Florence et Sienne. Trois jours seulement suffiront à bouleverser à jamais le cours de leur vie.
L’auteur, à travers ce livre, essaie faire revivre son grand-père qui a été effacé de l’histoire familiale.
Besson nous offre un roman lumineux, sensible et profond. Un joli coup de cœur de ce début d’année.
Katia
Maxime Donzel, réalisateur et journaliste, parcoure le cinéma et les séries LGBTQIA+ des dernières décennies. Il en interroge les représentations et les évolutions.
Ce recueil « non exhaustif mais inclusif » se parcoure avec délice en suivant des thématiques telle que la famille, les révoltes, le glam, l’amour… Rédigé avec beaucoup d’humour et de très nombreuses références, ce petit guide permet de refaire sa culture ciné séries queer ou juste de donner des idées pour les futures soirées télé !
Céline
« Et je sais que ceux qui trouvent leur vie intolérable sont obligés de tenter de détruire tout ce qui vit. Mais, quel que soit l’acharnement que vous y mettiez, vous n’arriverez pas à assécher la mer ni à détruire la vie sur la terre. »
Hal, le narrateur, revient sur sa jeunesse et celle de son frère Arthur, chanteur de gospel prodigue, dans le Harlem des années 50. Leurs destins se lient à ceux de Julia, enfant évangéliste et de son petit frère Jimmy. Dans un contexte de lutte pour les droits civils, l’on suit ces personnages sur une trentaine d’année, s’attachant à leurs luttes, leurs espoirs, leurs amours.
C’est le premier roman de James Baldwin que je lis après avoir longtemps tourné autour de ses livres, et j’ai été saisie par la force incroyable de sa plume. D’une écriture dense, parfois vulgaire, toujours brillante, il parvient à rendre vivant chacun·e de ses personnages et nous emmène dans une histoire magistrale d’amitié et de résistance à l’oppression.
