
Daniel Charneux
Nuage et eau, suivi de Maman Jeanne
Espace Nord, 2017
Deux biographies. L'une est celle du moine bouddhiste zen Ryôkan (1758-1831). Une vie intense, proche de l'essence du monde, en communion avec la nature, comblée par le vol des oiseaux, les jeux des enfants, le vent dans les feuilles, la croissance d'un bambou et les ricochets à la surface de l'eau. De sa belle écriture calligraphiée, Ryokan fige ces bonheurs purs pleins de sérénité avec des haïkus transcendés, au crépuscule de sa vie, par une rencontre avec une moniale, sage et aérienne, de quarante ans sa cadette, avec qui il entretint une correspondance poétique.
L'autre met en scène Jeanne, qui, dans sa cuisine, raconte sa vie et son placement dans un centre de soin familial en psychiatrie. Mariée à un négociant en spiritueux choisi par son père, elle se retrouve rapidement veuve avec trois fils dont l'un lourdement handicapé.
Elle se placera comme bonne chez un curé pour subvenir aux besoins des siens, hébergés par sa belle-famille et c'est alors que tout basculera. Car l’amour est interdit entre un curé et sa servante. C’est pourtant le seul moment doux qu’elle connaîtra dans sa vie si âpre.
Jeanne est une femme simple dont la famille, le milieu, les préjugés du temps et l'ignorance forgeront le destin. C'est une victime, victime de la vie mais aussi de la méchanceté de certains. Et son crime, avoir aimé, elle le paiera toute sa vie.
Vies minuscules, vies passionnées, l'auteur explore d'une écriture fluide, pure et simple l'amour et la douleur de vivre.
Recommandé par le Café lecture.

