Les gratitudes de Delphine de Vigan

Delphine De Vigan aborde ici le thème de la fin de la vie, dans un court roman solaire, plein de douceur.
Michka, la « maman d’adoption » de Marie, vieillit et perd peu ses facultés physiques et mentales.
Les mots s’ échappent progressivement et sont remplacés par d’autres, inadéquats. Avec l’aphasie vient l’angoisse, la perte d’autonomie physique. Michka est contrainte de s’installer dans une maison de retraite.
Marie, pleine de « gratitude » pour l’ amour et le temps que lui a donnés Michka, l’accompagne de sa tendresse dans ces derniers moments de vie. Il y a aussi la présence de Jérôme, l’orthophoniste. Celui-ci lutte pied à pied contre la fuite des mots et de la force de vie.
L’alternance des voix de Michka, Marie et Jérôme tisse ce court roman attendrissant, réaliste, sans aucun pathos. A lire absolument

Le goût de la limace de Zoé Derleyn

Le goût de la limace est un recueil de dix nouvelles intimistes. En quelques pages à peine, le lecteur partage un morceau de vie avec un protagoniste, et pénètre ses pensées les moins avouables, ses émotions et ressentis. Nous sommes tour à tour plongés dans l’esprit d’une jeune femme enceinte lors de la veillée funéraire de sa belle-mère, dans celui d’une adolescente qui s’imaginerait bien débarrassée d’une famille encombrante, d’un enfant qui hésite entre Pif Gagdet et une poignée de bonbons, ou encore d’une fille submergée par la fièvre.

 Dès la première nouvelle, la force de suggestion du style m’a saisie. En quelques lignes je me suis retrouvée projetée au cœur de l’intrigue, des sensations et des relations entre les personnages. Les histoires sont brèves, et toutes partagent cette incroyable intimité, liées aux protagonistes mais aussi aux descriptions sensuelles et évocatrices.  Lire la suite

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin Mc Arthur

« Un ami écrivain lui a dit un jour qu’il faut trouver l’histoire que l’on est seul à savoir raconter. »

Août 2011, l’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, dévastant tout sur son passage. Vale, qui a fuit sa famille il y a des années pour la Nouvelle Orléans, revient chercher sa mère Bonnie, disparue dans la tempête. Elle retrouve sa famille, sa tante Deb, une ancienne hippie, et la vieille Hazel qui mélange les souvenirs. Cette quête est aussi l’occasion de redécouvrir le passé de cette famille, et ses origines qui rejoignent l’histoire des Etats-Unis et des Amérindiens. 

« La malédiction de la maternité, songe-t-elle : nos enfants font notre bonheur, et nous sommes incapables de faire le leur. Alors nous souffrons, doublement. »

Ce roman, qui voyage entre plusieurs époques, nous raconte la destinée de femmes fortes et singulières et la nature omniprésente dans le Vermont. J’ai aimé les errances de Léna et sa chouette, l’idéalisme de Deb, les blessures de Hazel tout comme les difficultés identitaires de Bonnie et sa fille Vale. Si le roman parle surtout des femmes, les hommes sont là en filigranes, touchants avec leur tendresse et leurs lâchetés. 

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Le club de l’Ours Polaire d’Alex Bell (tome 1)

Stella Floccus Pearl a toujours su qu’elle serait exploratrice. Elle se moque bien que la société scientifique n’accepte pas les femmes dans ses rangs. Elle accomplira sa destinée, un point c’est tout ! Si ce n’était pas son destin, pourquoi porterait-elle un deuxième prénom ? Tout le monde sait que seuls les explorateurs en ont deux.

Le jour de ses douze ans, Stella voit enfin son rêve se réaliser. Elle a l’autorisation de se joindre au Club de l’Ours Polaire et de participer à l’expédition consacrée aux mondes gelés. Débute alors une aventure incroyable mettant en scène des petits aventuriers en herbe courageux et livrés à eux même. Licornes, dinosaures nains, engeleurs, yétis et autres créatures fantastiques peuplent cet univers merveilleux et feront rêver plus d’un lecteur.

À partir de 10 ans

Stella et les mondes gelés / Alex Bell ; Gallimard jeunesse, 2018

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Moi et les aquaboys de Nat Luurtsema

Lou et sa meilleure amie, Hannah, sont prêtes : depuis toutes petites, elles suivent un entraînement intensif de natation. Cet été, elles vont se qualifier pour les jeux olympiques. Enfin, ça, c’est la théorie. Car, en pratique, si Hannah est bel et bien qualifiée, Lou, elle, rate la sélection. Cette dernière doit donc faire sa rentrée des classes dans une configuration bien différente de celle imaginée. Elle se retrouve seule, dans un lycée où elle se connaît personne et, hors de l’eau, elle ne se sent pas vraiment à l’aise. Elle va vite faire la connaissance de trois garçons qui ont un but : être sélectionnés pour l’émission incroyable talent. Et ces garçons, dont le projet est un peu fou (ou totalement barré, à vous de voir), ont besoin de Lou.

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Les enfants du temps qui vient de Gaia Guasti

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Les enfants du temps qui vient est un roman pour adolescents. Ne vous fiez donc pas à sa petite taille, à son nombre de pages limitées et laissez-vous tenter par ce récit intrigant.

Intrigant ? Pourquoi donc ? Ce qui rend le lecteur perplexe, c’est qu’aucune information concernant le lieu, l’époque ou l’identité des protagonistes n’est donnée, bien qu’en lisant attentivement on peut le deviner*. L’histoire met en scène un clan où plus aucun enfant ne vient à naître. En outre, la tribu reste toujours sur ses gardes car les « Nouveaux » rôdent aux alentours.

En plus d’avoir un récit mystérieux, ce texte est très poétique. La plume de l’auteure est envoûtante ! À tester absolument !

Les enfants du temps qui vient / Guasti, Gaia ; Thierry Magnier, 2018

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*SPOIL : il semblerait que l’on soit au temps de la Préhistoire lorsque les hommes de Néandertal rencontrent les Homo Sapiens.

Toute la beauté du monde n’a pas disparu de Danielle Younge-Ullman

Ingrid, 17 ans, ne comprend pas ce qu’elle fait dans ce camp de survie en pleine nature. Elle n’a pas sa place parmi ses ados à problèmes qui ont des comptes à régler avec la société. Mais elle a
passé un contrat avec sa mère, et pour obtenir de faire des études de chant dans une prestigieuse école artistique anglaise, elle est prête à affronter ses trois semaines de trek dans la boue attaquée par les moustiques.

Au fil des jours et des (més)aventures, elle écrit des lettres à sa mère, qu’elle n’enverra jamais mais qui lui permettent d’expier. Elle raconte aussi ce qu’elle tait aux autres. Son enfance en tournée avec sa mère, Margot-Sophia Lalonde, étoile montante de l’opéra, jusqu’au drame, les cordes vocales endommagées. La dépression et ces jours sombres où sa mère ne sortait plus du lit. L’amour, aussi, salvateur ou décevant. Et surtout sa passion pour le chant, dévorante mais impossible à vivre pour ne pas blesser l’ancienne cantatrice. 

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Asta de Jon Kalman Stefansson

« Si tant est que ça l’ait été un jour, il n’est désormais plus possible de raconter l’histoire d’un personne de manière linéaire, ou comme on dit, du berceau à la tombe. Personne ne vit comme ça. « 

Si nous entrons dans l’histoire d’Asta par le jour de sa conception, le reste de sa vie nous sera en effet conté sans continuité, mais par fragments.  A travers les souvenirs de son père d’abord, qui, tombé d’une échelle, se souvient et regrette, mais aussi à travers des lettres d’Asta à son amant, à travers ses propres souvenirs d’enfance, de Reykjavik à  la campagne islandaise en passant par Vienne ou la Norvège. 

Asta, ce prénom qui signifie « amour » en islandais lorsqu’on en retire la dernière lettre. Car l’histoire d’Asta est bien une histoire d’amour : l’amour passionnel de ses parents, cet amour fou qu’elle découvrira plus tard avec ses amants, mais aussi d’amour filial et tendre, et de cet amour imparfait et nécessaire qui nous relie aux autres et qui nous définit en tant qu’être humain. C’est aussi un demi siècle en Islande, avec les révoltes sociales, l’apparition du tourisme, cette dépendance très forte à la nature, à la lumière et les conditions de vie rudes, et des portraits magnifiques comme celui de la nourrice, ou de Josef, le garçon qui était parfois âge de deux mille ans.  Lire la suite

Les mystères de Larispem de Lucie Pierrat-Pajot

« Les mystères de Larispem, le sang jamais n’oublie » est le livre gagnant de la deuxième édition du Concours du premier roman jeunesse. Ce concours ne vous évoque rien ? Souvenez-vous, il a permis à Christelle Dabos, auteure de la « La Passe-miroir », de se hisser au sommet du petit monde de la littérature de jeunesse.

Le présent ouvrage plonge le lecteur dans une uchronie1 où se mêlent bouchers, ingénieurs, automates et autres inventions de Jules Verne. L’intrigue se déroule en 1899, au cœur de la Cité-État indépendante Larispem (anciennement Paris). Vérité, mécanicienne aux doigts d’or, et Carmine, apprentie louchébem découvrent un livre codé lors d’une de leurs escapades interdites. Ce livre mystérieux semble attirer la convoitise de personnes mal intentionnées. Il entraînera les deux jeunes filles et leur nouveau compagnon de route, Nathanaël, dans une aventure incroyable. Lire la suite

L’île aux mensonges de Frances Hardinge

Faith Sunderly est la fille d’un pasteur naturaliste reconnu du 19e siècle. Suite à un scandale impliquant son père, Faith et sa famille s’exilent sur une île au large des côtes anglaises. Malheureusement, les nouvelles de la fraude du Révérend arrivent aux oreilles des scientifiques de l’île et mettent la famille Sunderly dans une situation très délicate.

Voici une histoire captivante, mêlant des éléments mystérieux et policiers. L’héroïne, transparente et docile au début du récit, évolue et s’émancipe dans un monde où la femme a très peu de marge de manœuvre. En 1860, on naît « Fille de » et on meurt en tant qu’ « Épouse aimante ». Pourtant, Faith a des rêves et des ambitions. Elle doit se montrer subtile pour avoir l’occasion d’assouvir sa soif de connaissance. Lire la suite

Moi et ma bande. Zélie et moi de Thomas Scotto et Cathy Ytak

Avec ce petit livre, ce sont deux histoires pour le prix d’une ! D’un côté, celle de Matéo et de sa bande de copains : sept personnes pour rigoler, faire des défis, marcher en ligne dans la rue !

Quand on retourne le livre, c’est l’histoire de Yannis. Il aime bien Zélie, la sœur de Matéo, mais pas trop le remue-ménage de cette bande bruyante.

Au final, on a deux histoires d’amitié qui s’entremêlent.

Parfait pour les lecteurs qui n’osent pas encore se lancer dans de grands romans mais aussi pour les autres !

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Le jour des premières fois : Mouettes & cie de Marie Colot

Mademoiselle Coline, l’institutrice d’Elvis, n’en revient pas : sur 17 élèves, 16 n’ont jamais vu la mer. Toujours de bonne humeur et dotée d’une excellente volonté, elle organise donc une journée à la Mer du Nord. Destination : Blankenberge !

Sur place, les enfants ne partagent malheureusement pas l’engouement de leur institutrice… Elvis est le premier à être déçu : « On a fait tout ce chemin pour ça : du gris, du très gris et encore du gris ». Aussi, à la Mer du Nord, il n’y a pas de dauphin et encore moins des requins, pourquoi alors se déplacer ? La lecture de roman est fluide, l’histoire est entrecoupée de dialogues drôles et d’illustrations qui font leur petit effet. À lire tout seul dès 8 ans ou pourquoi pas en classe dès la rentrée scolaire ?

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Les voisins d’Einat Tsarafati

Une petite fille habite un immeuble de sept étages. De palier en palier, elle décèle des indices devant chaque porte qui lui permettent de supposer qui vit derrière. Elle imagine des univers complètement fous et excentriques : des brigands collectionneurs de trésors de pharaons, un vieux chasseur, une famille d’acrobates, un vampire…Une fois revenue chez elle, sa famille lui semble ennuyeuse. Mais la nuit arrivée, son imagination peut reprendre le dessus!

Très bel album à lire dès trois ans et bien au-delà. Il alterne des doubles pages dépouillées d’une part et foisonnantes de détails et de couleurs lorsqu’il s’agit d’évoquer les appartements rêvés.

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Loup gris et la mouche de Gilles Bizouerne et Ronan Badel

Voici donc là un bien drôle de loup ! Il zozote, il gigote et s’emberlificote ! Mais quelle mouche l’a piqué ? Il n’a jamais une seule bonne idée pour en rattraper une autre. Maladroit, un peu benêt mais volontaire, il va tout faire pour satisfaire le chef de meute et s’intégrer sans encombre. Mais quel chemin devra-t ’il parcourir pour en arriver là !

Drôle et attachant on l’adopte sans hésiter !

Une histoire rigolote et pleine de rebondissements, si bien écrite qu’on adore la raconter à haute voix maintes et maintes fois !

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Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón

A travers un kaléidoscope d’histoires, de personnages, de lieux à l’atmosphère unique, l’auteur  parvient  , au fil  de ces  840 pages,  à faire se rejoindre tous les chemins  afin de conclure magistralement sa série du « Cimetière des livres oubliés »,  entamée il y a 9 ans avec L’ombre du vent (et le succès que l’on sait)

Mention spéciale ici, pour le personnage d’Alicia (clin d’œil explicite à celui de Lewis Carroll) qui illumine de son feu obscur ce dernier épisode.

Après un tel retour sur l’histoire récente de l’Espagne et son cortège de ténèbres (dont le côté fantastique du récit gomme un petit peu l’horreur) on est étonné, mais finalement charmé, par cette fin presqu’idyllique  où les générations se retrouvent et où se lèvent les secrets.  Barcelone gardera désormais toujours l’ombre de…  Zafón !

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