Kamakura diary d’Akimi Yoshida – 2013-2015

Trois sœurs, au caractère très différent, apprennent la mort de leur père. Abandonnées par ce dernier alors qu’elles étaient encore des enfants, les trois filles ne semblent pas éprouver de la tristesse. Au contraire, c’est plutôt la colère qui fait surface à l’annonce de cette nouvelle. Aux funérailles, elles rencontrent Suzu, leur demi-sœur dont elles ignoraient totalement l’existence. Orpheline, les trois sœurs lui proposent de venir vivre avec elles.

Voici une très belle histoire, sans nécessairement beaucoup de rebondissements, mais on aime car c’est la vie, tout simplement. Si vous souhaitez découvrir cette petite pépite, la série en 7 volumes se trouve en section ados.

Pour les personnes intéressées par les mangas « tranches de vie », n’hésitez pas à demander d’autres titres aux bibliothécaires. Nous avons notamment « Une sacrée mamie » ou encore « Un coin de ciel bleu ».

Une histoire des loups d’Emily Fridlund – 2017

Une histoire des loups d’Emily Fridlund (Ed. Gallmeister)

Madeline, jeune fille un peu sauvage, habite avec ses parents dans des conditions un peu précaires, au bord d’un lac du Minnesota. De l’autre côté du lac s’installe une famille aisée qu’elle ne peut s’empêcher d’observer. Le père travaillant loin, Madeline se rapproche de la femme, Patra, et de son fils Paul. Petit à petit, elle entre dans la vie de cette femme solaire et de ce garçon de 4 ans d’une grande maturité. Le père, absent, est néanmoins présent dans le discours de Patra qui a beaucoup d’admiration pour lui. Madeline est sous le charme de cette famille qui lui semble tellement parfaite et différente de la sienne. Mais derrière cette apparente légèreté, on sent une tension sourde. Madeline, maitrisant peu les codes sociaux, ne se rend pas compte que quelque chose ne va pas…

Ce premier roman mêle ambiance trouble, poésie et hostilité de la nature environnante. Le point de vue tronqué de la narratrice ainsi que des allers-retours dans le temps nous dévoilent par petites touches ce drame annoncé dès la première page.
Une auteure à suivre, assurément.

Descender de Jeff Lemire – 2016

Descender / Jeff Lemire [comics, 4 tomes disponibles]

U n jour, sans raison apparente, des robots gigantesques sont apparus simultanément au dessus de chacune des neuf planètes majeures constituant le Conglomérat Galactique Unifiée (CGU). Puis, sans sommation, ces « Moissonneurs » sont passés à l’attaque, provoquant des milliards de morts à travers la galaxie, avant de disparaître aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus.
Dix ans plus tard, tandis que les êtres mécaniques sont devenus persona non grata au sein d’un univers qui se remet encore péniblement du traumatisme causé par ce massacre sans précédent, Tim-21, un petit robot à l’apparence enfantine, reprend conscience sur une colonie minière éloignée. Son réveil ne manque cependant pas d’attirer l’attention car il pourrait bien être la clé permettant d’expliquer l’origine des « Moissonneurs »…

Tim-21 deviendra vite le centre de toutes les convoitises. Recherché par plusieurs factions (résistance robotique, chasseurs de primes, racailles mécaniques), il devra fuir sans savoir à qui faire confiance, que croire et découvrir par lui même qui il est réellement et quel rôle il a à jouer dans tout cela.

Un univers SF intéressant, personnages attachants sans tomber dans les stéréotypes affectifs, les longueurs sont évitées et chaque tome apporte une nouvelle clé à l’histoire.

Cueilleuse de thé de Jeanne-Marie Sauvage-Avit

 

Au Sri Lanka, Shemlaheila est cueilleuse dans une plantation de thé. A l’aube de ses vingt ans, la jeune femme a d’autres rêves et décide de partir pour Londres. Elle part à la découverte d’un pays complètement différent du sien, Shemla va découvrir une autre culture, d’autres personnes et surtout d’autres envies. Est-ce que le contraste de cultures ne sera pas trop violent?

Petit livre à déguster qui fait voyager. On s’attache très rapidement à la courageuse héroïne.

Ce livre a gagné le Prix du Livre Romantique 2017.

Jeanne-Marie. Cueilleuse de thé. Charleston Editions , 2017

Le mari de mon frère de Gengoroh Tagame – 2016

Le mari de mon frère / Gengoroh Tagame

Yaichi élève seul sa petit fille Kana jusqu’au jour où son beau-frère canadien, Mike Flanagan, débarque dans sa vie. Mike est le mari du frère jumeau de Yaichi, récemment décédé. L’arrivée de Mike sous son toit perturbe Yaichi qui n’est pas à très à l’aise avec ce beau-frère homosexuel. Néanmoins, Yaichi accueille Mike comme il se doit.

Ce manga traite de l’homosexualité mais pas uniquement. D’autres thèmes comme celui de la famille, la rencontre des cultures ou le deuil sont mis en avant avec une justesse et une douceur particulières. Les stéréotypes sur les gays sont brisés grâce à la petite Kana qui, avec son innocence propre à l’enfance, permet à son père de remettre en question ses idées préconçues sur l’homosexualité. Le personnage de Mike est, quant à lui, tout simplement touchant. On ne peut que partager sa peine dans l’épreuve qu’il traverse. Sa gentillesse et son authenticité en font un personnage attachant.

Une série à suivre dès 13/14 ans

Mister Wonderful de Daniel Clowes – 2011

Mister Wonderful / Daniel Clowes [comics, one shot]

Marshall, antihéros par excellence, célibataire introspectif et grisonnant, s’apitoie sur son sort et sur celui de l’humanité. Il attend Nathalie dans un bar, avec qui un couple d’amis bienveillants lui ont arrangé un rendez-vous. Nathalie finira par arriver et Marshall achèvera de se torturer afin de ne pas passer à côté de «l’être humain le plus génial ayant jamais existé», la compagne idéale de ses petits-déjeuners dominicaux fantasmés ».

Subtilité et finesse des sentiments humains, simplicité graphique ; une histoire d’amour banale, universelle mais qui nous rappelle que dans « histoire d’amour » il y a le mot/sentiment « amour ».

Fuzz et pluck de Ted Stearn – 2013

Fuzz et pluck de Ted Stearn

Ou les péripéties singulières d’un poulet et d’un ours en peluche.

Cette bande-dessinée met en scène deux anti-héros mal assortis bataillant pour persister dans un monde atrocement risible, voire risiblement atroce. Fuzz, ours en peluche jeté à la poubelle- lâche et opportuniste et Pluck coq déplumé en fuite, suffisant et intrépide. Sans un sou en poche ils prennent la route en chasse de pitance, d’un travail voire, mais surtout et malgré eux, d’une succulente aventure pleine de individus douteux, de rebondissements et de joies.

Le tout au sein d’une Amérique misérable et saugrenue ou la stupidité simple côtoie la malveillance arbitraire ainsi que la déviance sexuelle.

Un petit bijou d’humour noir 🙂

J’ai dévoré ces deux tomes sans m’arrêter de rire ou de sourire ! A lire sans modération !

Poison city de Tetsuya Tsutsui – 2015

Poison city / Tetsuya Tsutsui [Manga, 2 tomes]

Dans un futur très proche, à savoir l’aube des Jeux olympiques de Tokyo en 2020, nous suivons le parcours de Mikio Hibino, un jeune mangaka qui tente de faire publier sa nouvelle série. Le problème est qu’avec l’arrivée des Jeux, un comité de censure met tout en œuvre pour annihiler toute polémique pour lisser l’image du pays, en supprimant les œuvres controversées. Il devient alors la cible des censeurs qui veulent faire de lui un exemple. Malgré le soutien de son éditeur et d’autres auteurs, japonais comme Américains, il va découvrir des choses dramatiques sur les heures les plus sombres de la censure au dépend de sa propre liberté.

Manga sur la thème de la censure. Comment et pourquoi elle s’organise, comment elle transforme un état démocratique en une dictature, comment elle opère pour détruire la liberté d’expression. Un manga qui dénonce les dérives du contrôle médiatique étatique.

Il s’agit d’une œuvre très personnelle pour l’auteur qui a lui-même connu des problèmes (et c’est encore d’actualité) avec son manga « Manhole » qui a été considéré comme œuvre nocive et a été supprimé des librairies d’une région entière sans que lui-même ou son éditeur ne soit au courant. Le combat qu’il mène pour que l’interdiction soit levée est encore d’actualité, donc forcément Poison City a un arrière-goût de croisade! Mais le sujet reste universel et d’actualité !

Une claque en 2 tomes. A lire absolument !!

Les Bourgeois d’Alice Ferney – 2017

Les Bourgeois d’Alice Ferney – 2017

Alice Ferney nous conte, dans ce magnifique roman, l’évolution d’une famille française, bourgeoise, catholique et conservatrice de l’aube du vingtième siècle à nos jours. Cette chronique familiale retrace, avec finesse, les destins des personnages au sein de l’Histoire en marche. Elle va sans cesse du singulier au collectif et jette un regard lucide sur les erreurs politiques mises en lumière par le passage du temps.

Le maillage du roman est constitué par une mosaïque de souvenirs attachants des dix enfants de Henri et Mathilde Bourgeois …une saga qui s’étend sur tout le vingtième siècle. Le style est classique, vivant et ample. La romancière nous entraîne dans la ronde des naissances, des mariages et des morts, nous laissant un arrière-goût de nostalgie devant le caractère éphémère de toute chose.

Le tardigrade de Pierre Barrault

Le tardigrade de Pierre Barrault est un roman déroutant, où il est question de tardigrade, mais surtout de tout autre chose. Mais qu’est-ce qu’un tardigrade, me direz-vous ?

C’est un animal, microscopique créature mesurant environ 1 mm, qui propose au lecteur une visite tel un agent immobilier dans les divers appartements de son immeuble.
On y découvre le monde tel qu’on ne l’a encore jamais vu, c’est à la fois rafraîchissant et déconcertant : les amis que l’on invite sont irrémédiablement aspirés par le vide s’ils ont le malheur de se rendre sur le balcon, les panneaux de signalisation ne sont pas toujours pris au sérieux, les boulangers vendent des branches mortes en assurant que c’est du pain, et en cas de coupure d’eau, il faut pleurer sous la douche pour pouvoir se rincer.

De petits chapitres, de petits paragraphes liés au fait de la taille de la créature ?
Pierre Barrault décoche l’hyperbole, l’hypothèse, l’aphorisme, la tautologie, le non-sens, le paradoxe, les superlatifs, le sens des contraires et ses oxymores pour faire mouche à chaque phrase.

Pour ceux qui aiment Henri Michaux, Boris Vian, Topor.
Une petite réserve, néanmoins : n’espérez pas trop en apprendre sur le tardigrade.