Descender de Jeff Lemire – 2016

Descender / Jeff Lemire [comics, 4 tomes disponibles]

U n jour, sans raison apparente, des robots gigantesques sont apparus simultanément au dessus de chacune des neuf planètes majeures constituant le Conglomérat Galactique Unifiée (CGU). Puis, sans sommation, ces « Moissonneurs » sont passés à l’attaque, provoquant des milliards de morts à travers la galaxie, avant de disparaître aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus.
Dix ans plus tard, tandis que les êtres mécaniques sont devenus persona non grata au sein d’un univers qui se remet encore péniblement du traumatisme causé par ce massacre sans précédent, Tim-21, un petit robot à l’apparence enfantine, reprend conscience sur une colonie minière éloignée. Son réveil ne manque cependant pas d’attirer l’attention car il pourrait bien être la clé permettant d’expliquer l’origine des « Moissonneurs »…

Tim-21 deviendra vite le centre de toutes les convoitises. Recherché par plusieurs factions (résistance robotique, chasseurs de primes, racailles mécaniques), il devra fuir sans savoir à qui faire confiance, que croire et découvrir par lui même qui il est réellement et quel rôle il a à jouer dans tout cela.

Un univers SF intéressant, personnages attachants sans tomber dans les stéréotypes affectifs, les longueurs sont évitées et chaque tome apporte une nouvelle clé à l’histoire.

Mister Wonderful de Daniel Clowes – 2011

Mister Wonderful / Daniel Clowes [comics, one shot]

Marshall, antihéros par excellence, célibataire introspectif et grisonnant, s’apitoie sur son sort et sur celui de l’humanité. Il attend Nathalie dans un bar, avec qui un couple d’amis bienveillants lui ont arrangé un rendez-vous. Nathalie finira par arriver et Marshall achèvera de se torturer afin de ne pas passer à côté de «l’être humain le plus génial ayant jamais existé», la compagne idéale de ses petits-déjeuners dominicaux fantasmés ».

Subtilité et finesse des sentiments humains, simplicité graphique ; une histoire d’amour banale, universelle mais qui nous rappelle que dans « histoire d’amour » il y a le mot/sentiment « amour ».

Fuzz et pluck de Ted Stearn – 2013

Fuzz et pluck de Ted Stearn

Ou les péripéties singulières d’un poulet et d’un ours en peluche.

Cette bande-dessinée met en scène deux anti-héros mal assortis bataillant pour persister dans un monde atrocement risible, voire risiblement atroce. Fuzz, ours en peluche jeté à la poubelle- lâche et opportuniste et Pluck coq déplumé en fuite, suffisant et intrépide. Sans un sou en poche ils prennent la route en chasse de pitance, d’un travail voire, mais surtout et malgré eux, d’une succulente aventure pleine de individus douteux, de rebondissements et de joies.

Le tout au sein d’une Amérique misérable et saugrenue ou la stupidité simple côtoie la malveillance arbitraire ainsi que la déviance sexuelle.

Un petit bijou d’humour noir 🙂

J’ai dévoré ces deux tomes sans m’arrêter de rire ou de sourire ! A lire sans modération !

Poison city de Tetsuya Tsutsui – 2015

Poison city / Tetsuya Tsutsui [Manga, 2 tomes]

Dans un futur très proche, à savoir l’aube des Jeux olympiques de Tokyo en 2020, nous suivons le parcours de Mikio Hibino, un jeune mangaka qui tente de faire publier sa nouvelle série. Le problème est qu’avec l’arrivée des Jeux, un comité de censure met tout en œuvre pour annihiler toute polémique pour lisser l’image du pays, en supprimant les œuvres controversées. Il devient alors la cible des censeurs qui veulent faire de lui un exemple. Malgré le soutien de son éditeur et d’autres auteurs, japonais comme Américains, il va découvrir des choses dramatiques sur les heures les plus sombres de la censure au dépend de sa propre liberté.

Manga sur la thème de la censure. Comment et pourquoi elle s’organise, comment elle transforme un état démocratique en une dictature, comment elle opère pour détruire la liberté d’expression. Un manga qui dénonce les dérives du contrôle médiatique étatique.

Il s’agit d’une œuvre très personnelle pour l’auteur qui a lui-même connu des problèmes (et c’est encore d’actualité) avec son manga « Manhole » qui a été considéré comme œuvre nocive et a été supprimé des librairies d’une région entière sans que lui-même ou son éditeur ne soit au courant. Le combat qu’il mène pour que l’interdiction soit levée est encore d’actualité, donc forcément Poison City a un arrière-goût de croisade! Mais le sujet reste universel et d’actualité !

Une claque en 2 tomes. A lire absolument !!

Les Bourgeois d’Alice Ferney – 2017

Les Bourgeois d’Alice Ferney – 2017

Alice Ferney nous conte, dans ce magnifique roman, l’évolution d’une famille française, bourgeoise, catholique et conservatrice de l’aube du vingtième siècle à nos jours. Cette chronique familiale retrace, avec finesse, les destins des personnages au sein de l’Histoire en marche. Elle va sans cesse du singulier au collectif et jette un regard lucide sur les erreurs politiques mises en lumière par le passage du temps.

Le maillage du roman est constitué par une mosaïque de souvenirs attachants des dix enfants de Henri et Mathilde Bourgeois …une saga qui s’étend sur tout le vingtième siècle. Le style est classique, vivant et ample. La romancière nous entraîne dans la ronde des naissances, des mariages et des morts, nous laissant un arrière-goût de nostalgie devant le caractère éphémère de toute chose.

Le tardigrade de Pierre Barrault

Le tardigrade de Pierre Barrault est un roman déroutant, où il est question de tardigrade, mais surtout de tout autre chose. Mais qu’est-ce qu’un tardigrade, me direz-vous ?

C’est un animal, microscopique créature mesurant environ 1 mm, qui propose au lecteur une visite tel un agent immobilier dans les divers appartements de son immeuble.
On y découvre le monde tel qu’on ne l’a encore jamais vu, c’est à la fois rafraîchissant et déconcertant : les amis que l’on invite sont irrémédiablement aspirés par le vide s’ils ont le malheur de se rendre sur le balcon, les panneaux de signalisation ne sont pas toujours pris au sérieux, les boulangers vendent des branches mortes en assurant que c’est du pain, et en cas de coupure d’eau, il faut pleurer sous la douche pour pouvoir se rincer.

De petits chapitres, de petits paragraphes liés au fait de la taille de la créature ?
Pierre Barrault décoche l’hyperbole, l’hypothèse, l’aphorisme, la tautologie, le non-sens, le paradoxe, les superlatifs, le sens des contraires et ses oxymores pour faire mouche à chaque phrase.

Pour ceux qui aiment Henri Michaux, Boris Vian, Topor.
Une petite réserve, néanmoins : n’espérez pas trop en apprendre sur le tardigrade.