Anne et la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery – 2016

Anne et la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery.

L’histoire se déroule sur l’île-du-Prince-Edouard, au Canada, où Matthew et sa soeur Marilla attendent un jeune garçon pour les aider à la ferme.

Quelle n’est pas leur surprise lorsque Anne débarque dans leur vie! Non seulement, c’est une fille, elle est rousse et en plus elle parle toute la journée: Matthew est enchanté, Marilla un peu moins. Pourtant, grâce à sa débrouillardise et sa détermination, Anne arrive à se faire accepter de tous…

Un livre frais où l’on sourit au fil des pages et qui rend heureux.

La beauté des jours de Claudie Gallay – 2017

La beauté des jours / Claudie Gallay

Jeanne travaille à la poste et vit avec son mari, Rémy, depuis de longues années dans leur petite maison du Nord de la France. Ses filles ont vingt ans et quittent peu à peu le nid familial. Elle est très attachée au quotidien, à la répétition des gestes, des faits, des petites choses… Pourtant, Jeanne aime glisser un peu de fantaisie dans sa routine et donner une place au hasard. Elle est ainsi une grande admiratrice de l’artiste serbe Marina Abramović, une performer qui étudie et repousse les frontières du potentiel physique et mental. A travers elle, notre héroïne s’interroge sur ses limites, ses peurs…

L’écriture toute en finesse et délicate de Claudie Gallay sublime le bonheur ordinaire. Un roman qu’on aimerait qui ne se termine jamais !

Les Bourgeois d’Alice Ferney – 2017

Les Bourgeois d’Alice Ferney – 2017

Alice Ferney nous conte, dans ce magnifique roman, l’évolution d’une famille française, bourgeoise, catholique et conservatrice de l’aube du vingtième siècle à nos jours. Cette chronique familiale retrace, avec finesse, les destins des personnages au sein de l’Histoire en marche. Elle va sans cesse du singulier au collectif et jette un regard lucide sur les erreurs politiques mises en lumière par le passage du temps.

Le maillage du roman est constitué par une mosaïque de souvenirs attachants des dix enfants de Henri et Mathilde Bourgeois …une saga qui s’étend sur tout le vingtième siècle. Le style est classique, vivant et ample. La romancière nous entraîne dans la ronde des naissances, des mariages et des morts, nous laissant un arrière-goût de nostalgie devant le caractère éphémère de toute chose.

Le tardigrade de Pierre Barrault

Le tardigrade de Pierre Barrault est un roman déroutant, où il est question de tardigrade, mais surtout de tout autre chose. Mais qu’est-ce qu’un tardigrade, me direz-vous ?

C’est un animal, microscopique créature mesurant environ 1 mm, qui propose au lecteur une visite tel un agent immobilier dans les divers appartements de son immeuble.
On y découvre le monde tel qu’on ne l’a encore jamais vu, c’est à la fois rafraîchissant et déconcertant : les amis que l’on invite sont irrémédiablement aspirés par le vide s’ils ont le malheur de se rendre sur le balcon, les panneaux de signalisation ne sont pas toujours pris au sérieux, les boulangers vendent des branches mortes en assurant que c’est du pain, et en cas de coupure d’eau, il faut pleurer sous la douche pour pouvoir se rincer.

De petits chapitres, de petits paragraphes liés au fait de la taille de la créature ?
Pierre Barrault décoche l’hyperbole, l’hypothèse, l’aphorisme, la tautologie, le non-sens, le paradoxe, les superlatifs, le sens des contraires et ses oxymores pour faire mouche à chaque phrase.

Pour ceux qui aiment Henri Michaux, Boris Vian, Topor.
Une petite réserve, néanmoins : n’espérez pas trop en apprendre sur le tardigrade.

Patricia de Geneviève Damas – 2017

Belle histoire d’amour entre une jeune femme française, bien installée dans la vie, et un réfugié centre-africain, sans-papier.

Le roman aborde avec intelligence le thème des traversées, des bateaux chavirés et des noyades de migrants.

Geneviève Damas évoque les familles séparées et l’attente insoutenable, douloureuse, coupable, de celui qui est venu « en avance »,  laissant femme et enfants au pays.

Une écriture limpide, simple et sans pathos.

 

DAMAS, Geneviève. Patricia. Éditions Gallimard, collection Blanche.

Poésie du gérondif : vagabondages linguistiques d’un passionné de peuples et de mots de Jean-Pierre Minaudier – 2017

Voici un ouvrage remarquable, dont le sujet est (presque) entièrement repris dans son titre à rallonge. L’auteur y traite de sa passion pour les grammaires des langues les plus diverses, parfois les plus inconnues et les plus curieuses, mais également pour les grammaires en tant que livres de collection. Il nous parle de tout cela avec érudition, mais aussi avec un humour ravageur. Le plus curieux est qu’il n’est pas linguiste, qu’il ne les parle pas ces langues et qu’il ne les étudie pas vraiment non plus, mais il collectionne, il voyage, il rêve.

Monsieur Minaudier est un original, un poète, un vrai, et il le revendique ! Dans son livre, il nous offre un accès à son monde, à ses passions et à sa liberté, et ça fait un bien fou !

Le huitième livre de Vésale de Jordi Llobregat – 2016

Nous sommes à Barcelone, à la veille de l’ouverture de l’exposition universelle de 1888. Daniel Amat retrouve sa ville natale pour y enterrer son père. Il découvre que celui-ci a été assassiné. Alors que la ville est la proie d’un sérial killer, qui tue des jeunes femmes, il se lance dans une enquête qui va nous conduire dans une aventure baroque aux relents de « Da Vinci code ».

Une fois encore la ville de Barcelons est à l’honneur, comme son exposition universelle d’ailleurs ! C’est un plaisir d’y retrouver divers lieux connus à travers une intrigue dense et bien menée.

Premier roman d’un jeune catalan.

Là où l’histoire se termine d’Alessandro Piperno – 2017

L’action se passe à Rome dans le milieu juif. Matteo criblé de dettes décide de fuir l’Italie pour Los Angeles, car il est poursuivi par un créancier prêt à lui faire la peau. Il laisse sa femme et ses enfants derrière lui… Seize années ont passé, son créancier décédé, il décide de rentrer à Rome. Il espère que les siens l’attendront à l’aéroport. Ce ne sera pas le cas.

A partir de là, nous allons suivre les mésaventures cocasses et torturées de cette famille, dont le père voudrait que par un coup de baguette magique que tout soit comme avant. Sa femme, toujours amoureuse, aimerait pour sa part se remettre avec Matteo. Ses enfants voient les choses autrement. Ce roman nous fait un peu penser au cinéma de Woody Allen… C’est bien le roman américain de la rentrée littéraire, écrit par un italien, comme annoncé !

Le déjeuner des barricades de

L’action se situe dans un palace parisien, l’hôtel Meurisse. Chaque année, grâce à la générosité de Florence Gould, riche veuve américaine, on y décerne le prix littéraire Roger Nimier. Le Lauréat de cette année 68 est Patrick Modiano. Mais au dehors, en ce mois de mai, les affrontements font rage. Et bientôt le personnel de l’hôtel décide lui aussi de prendre le pouvoir. Cependant, le déjeuner doit avoir lieu, et le prix être décerné.

Ce roman nous fera croiser Salvador Dali (et ses excentricités), Antoine Blondin, ainsi que d’autres auteurs célèbres. Cela nous permettra de découvrir la vie d’un grand hôtel de l’intérieur, et l’atmosphère d’une époque. On pense alors au roman Lutétia de Pierre Assouline, par plus d’un aspect, et c’est un compliment !

Barcelona de Daniel Sanchez Pardos – 2016

Nous sommes en 1874. De retour d’Angleterre, Gabriel Camarassa, sa sœur et ses parents viennent se réinstaller à Barcelone. Le père Camarassa dirige un grand journal à sensation, le fils, Gabriel, entame des études d’architecte. C’est à l’école que celui-ci va faire la connaissance de Gaudi et devenir son ami. Accompagnés de la mystérieuse autant qu’inquiétante Fiona Begg, illustratrice au journal du père, les deux compères sont mêlés à une série d’intrigues qui les mènera dans les bas-fonds de la ville. On se situe dans un registre compris entre L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón et une aventure à la Dumas, le tout dans la Barcelone de l’époque, en plein boom économique, industriel et politique. Sur ce chapitre,  l’on émettra quelques réserves : on aurait aimé une trame historique plus forte. Antoni Gaudi, pour sa part est un personnage étrange, qui semble mêler dans des affaires douteuses, on se demande bien s’il peut avoir un quelconque rapport avec le bâtisseur de la Sagrada Familia et autres architectures géniales qu’on connaît… En définitive, le roman fonctionne bien et on se laisse emmener par les mystères de cette aventure, dont la grande héroïne est bien sûr… Barcelone !

L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset – 2016

lautre-quon-adoraitDans ce récit à la deuxième personne, Catherine Cusset s’ adresse à un ami disparu. Thomas, intellectuel brillant, aime avec passion la vie, l’ amour, les êtres, Paris et Manhattan. Il adore aussi le jazz et Marcel Proust. Sa vie est scandée par enthousiasmes et déceptions. Ses états d’ âme se succèdent au rythme de ses amours intenses, mais éphémères et ses multiples déménagements d’un campus universitaire américain à l’ autre… Avec une grande finesse psychologique et un style dense, l’ auteur décrit les sommets et les creux de la bouleversante descente aux enfers du héros : on n’ en sort pas indemne!

Terres Rares de Sandro Veronesi – 2016

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On retrouve ici le héros de « Chaos calme ». Cette histoire en est un peu la suite. Dans l’épisode précédent Pietro Palladini, père et veuf, décidait de passer son temps dans sa voiture devant l’école de sa fille. Ici, par contre, en résonnance avec l’immobilité de l’ouvrage précédent, le ciel lui tombe sur la tête, et, du fait des malversations de son frère et associé, il est contraint à la fuite. Comme si ce n’était pas assez, il perd aussi son téléphone, sa fille fugue (sans qu’il en sache le pourquoi), et… il serait aussi poursuivi par la police et un gang roumain !

Mais grâce au système de mails utilisé par Al-Qaida, son frère va lui faire parvenir l’adresse de quelqu’un qui pourra l’aider. Commence alors pour Pietro une longue quête du retour à la normalité, à la recherche d’un équilibre perdu qui comprendrait aussi le retour de sa fille. Une histoire bien ficelée qu’on vit de près avec le personnage principal, un roman qui m’a plu.

Eclipses japonaises de Eric Faye – 2016

eric-fayeCe roman nous invite à suivre le trajet de plusieurs japonaises enlevées par la Corée du Nord dans le but de former de futures espionnes. Après présentation des différents protagonistes, l’auteur réussit à tisser une toile fascinante au moyen des histoires personnelles de ses personnages (tous inspirés par des personnes réelles qu’il a même parfois rencontrées). Un sujet original dont l’ambiance m’a pourtant semblé familière. Plus d’une fois, j’ai songé à Ismaïl Kadaré, et pour cause : c’est Eric Faye lui-même qui a préfacé tous les tomes de l’œuvre complète du grand écrivain albanais. Retirez-en la trame « folklore et traditions anciennes » et l’on est ici dans un univers carcéral et autoritaire similaire à celui de Kadaré. La valeur de ce roman est réelle pourtant : il reste captivant tout en nous ouvrant les portes d’un pays et d’une histoire très lointains de notre vécu.

Et puis, finalement, certaines de ces destinées tronquées trouveront quand-même un peu de lumière au bout du chemin… Dommage, cependant, que ce roman ne soit pas un peu plus long : le sujet et le traitement qui en est fait le permettaient. De ce fait, la bibliographie en annexe est on ne peut plus judicieuse.

Emilio, les blagues et la mort de Fabio Morábito – 2010

emilio-les-blagues-et-la-mortDans ce bouquin d’un auteur mexicain, un jeune homme atteint d’hypermnésie passe son temps au cimetière de Mexico. Il y déambule à la recherche de son propre nom, croyant qu’en le trouvant il pourrait conjurer le sort. C’est armé d’un détecteur de blagues (il croit que celui-ci fonctionne vraiment) qu’il va aussi y croiser des adultes, et même y vivre une histoire d’amour. Une petite histoire curieuse et décalée aussi sympathique qu’inquiétante.

L’amie prodigieuse, tome 1 : Enfance, adolescence ; tome 2 : Le nouveau nom de Elena Ferrante – 2014 ; 2016 –

L'amie prodigieuseL'amie prodigieuse 2« L’amie prodigieuse : enfance, adolescente » et « Le nouveau nom » sont les deux premiers volets du roman-fleuve d’Elena Ferrante, qui comprendra quatre tomes. Cette saga italienne est une histoire d’amitié entre deux jeunes filles, Lila Cerullo et Elena Greco. Toutes deux nées à la fin des années 40, issues du même quartier populaire de Naples, ont un énorme potentiel de réussite scolaire. Très tôt, leurs chemins vont se séparer. Lila, la surdouée, quitte rapidement l’école pour travailler dans la cordonnerie familiale. En revanche, Elena, la besogneuse, soutenue par son institutrice, poursuit ses études. Chacune se bat à sa manière pour échapper à la soumission patriarcale et à la pauvreté des bas-quartiers.

Ce roman époustouflant est avant tout une photographie de tout un quartier, et plus généralement de l’Italie populaire des années 50 et 60, avec en toile de fond la Camorra, le parti communiste et le machisme méditerranéen.