L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich

« Ce qui m’a séduite dans le droit il y a si longtemps, c’était qu’en composant une histoire, en élaborant à partir d’événements un récit structuré, il trouve un commencement, une cause. Mais ce que je ne comprenais pas à l’époque, c’est que le droit ne trouve pas d’avantage le commencement qu’il ne trouve la vérité. Il créé une histoire. Cette histoire a un commencement. Cette histoire simplifie les choses, et cette simplification, nous l’appelons vérité. »

Stagiaire dans un cabinet juridique, Alexandria Marzano-Lesnevich se trouve confrontée au dossier de Ricky Langley, pédocriminel et assassin d’un petit garçon de 6 ans.  Face au visionnage des aveux du criminel, les convictions de l’autrice s’effondrent, et cette étudiante en droit farouchement opposée à la peine de mort est traversée par cette pensée « Je veux que Ricky meure ».  S’en suit une enquête dans laquelle elle va se plonger à corps perdu, pour tenter de comprendre, de trouver la bonne façon de raconter cette histoire tragique. A mesure qu’elle remonte dans le temps et les faits, son propre passé refait surface et un parallèle étrange se tisse entre l’histoire de Ricky Langley et la sienne. 

En mêlant enquête judiciaire et chronique familiale, l’autrice parvient à rendre une vision complexe de ce qu’est la pédocriminalité. Le pédocriminel est cet homme à l’air simplet dont on regarde la photo dans les journaux en espérant ne jamais avoir à croiser son chemin. Mais c’est aussi le grand-père qui montait chaque nuit dans la chambre de sa petite fille une fois la famille endormie. Lequel des deux est le plus monstrueux ? Quels parcours mènent ces hommes à une telle violence ? En brouillant les genres et les codes du policier, de l’écriture journalistique et du récit de vie, Alexandria Marzano -Lesvenich cherche des réponses à ces questions, tout en sachant qu’elle ne pourra jamais y répondre entièrement. Mais en racontant l’histoire de Ricky et la sienne, elle parvient à sortir de ce silence qui traverse les familles, et à « tendre la main au passé », pour poursuivre sa vie. 
Un livre particulièrement brillant!

Céline

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Siège 7A de Sebastian Fitzek

À Berlin, Nele est sur le point d’accoucher quand elle se fait enlevée par un chauffeur de taxi louche. À l’autre bout du monde, son père Mats embarque dans un avion depuis Buenos Aires pour la rejoindre quand il reçoit un appel anonyme l’informant de l’enlèvement de sa fille et du seul moyen possible pour la sauver: provoquer le crash de l’avion. Comment faire alors qu’on n’a aucune arme à portée de main si ce n’est son intellect? Parce qu’en tant que psychiatre, Mats a les moyens de rendre une de ses anciennes patientes assez instable que pour provoquer le pire…

Ce thriller psychologique est assez bien ficelé avec des chapitres courts qui laissent sur la faim. Il est très difficile de le lâcher tant on veut connaître le sort de tous les protagonistes. Sebastian Fitzek a une écriture franche et efficace qui communique l’urgence et le drame de son livre.
Amateur·rice·s de thriller psychologique: vous allez le dévorer!

Judith

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L’amant japonais de Isabel Allende

À 80 ans passés, Alma quitte sa demeure pour rejoindre une élégante résidence pour personnes âgées de San Francisco. Là elle rencontre Irina, une infirmière moldave avec qui elle se lie d’amitié.
Son petit-fils, Seth tombe aussi sous le charme alors qu’il vient récolter son histoire familiale auprès d’Alma. Celle-ci se prête au jeu et raconte sa vie depuis sa fuite de la Pologne dans les années 30 et surtout son amour pour Icheimi, le fils du jardinier.

Isabel Allende nous offre un roman sans son habituel réalisme magique mais toujours avec poésie et humour. On y parle d’une partie de l’Histoire qu’on n’apprend pas à l’école: l’enfermement en camp des japonais vivant sur le territoire américain pendant la seconde guerre mondiale.
On y trouve aussi deux histoires d’amour qui se passe à deux périodes complètement différentes mais qui nous tient jusqu’au mot final.

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C’est le cœur qui lâche en dernier de Margaret Atwood

Stan et Charmaine sont des victimes de la crise économique touchant les USA. Ils vivent dans leur voiture et dépendent des pourboires de serveuse de Charmaine. Un jour, ils découvrent Consilience, une communauté où tout le monde reçoit une maison et un travail. Un mois sur deux la moitié des habitants sont en prison, logés et blanchis pendant que l’autre moitié vit dans la communauté. Tout fonctionne parfaitement. Sauf que Stan trouve une note enflammée de la femme qui vit chez lui quand il n’est pas là…

Après La Servante Ecarlate, cette nouvelle Dystopie de Margaret Atwood est crue, moderne et satyrique. Au vu de la direction actuelle de notre société, il ne serait pas improbable qu’un tel projet se mette en place ou soit déjà en place…

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Un activiste des Lumières de Marcus Rediker

Voici la biographie d’un personnage extraordinaire, connu sans nul doute seulement des spécialistes.
Benjamin Lay, qui avait  un physique  ingrat, marque l’histoire le 19 septembre 1738 lors de l’assemblée annuelle des quakers de Californie.
Estimant que certains de ses coreligionnaires trahissent les préceptes de leur foi en ayant des esclaves, il décide  ce jour, de frapper un grand coup  avec un discours  et un « show » qui marquera les esprits.
Il ne cessera dès lors  toute sa vie de lutter pour l’abolition de l’esclavage, tout en défendant aussi d’autres idées (le végétarisme,  la protection animale.. ),  prêchant partout où il le peut, et  faisant preuve d’une abnégation  et d’une  pugnacité admirables.
Jamais intimidé par les puissants, Il publiera un unique ouvrage en 1737 (grâce à Benjamin franklin) .
Depuis la grotte où il vivait avec sa femme, fervente abolitionniste elle aussi, Il défendra ses idées jusqu’à sa mort en 1759.

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Petits secrets, grands mensonges de Liane Moriarty

Ce livre a inspiré la série « Big Little Lies », dont l’histoire se déroule dans une bourgade chic australienne, Pirriwee.
Dès les premières pages du roman, nous apprenons qu’une mort suspecte a eu lieu lors d’une fête scolaire . Accident mortel ? Meurtre ? Pour y répondre, nous voilà plongés quelques mois plus tôt avec l’arrivée en ville de Jane jeune mère célibataire et son fils Ziggy. Elle y fera la connaissance de la ravissante et douce Céleste ainsi que de l’explosive et pétillante Madeline. Le trio deviendra rapidement inséparable  et devra faire face à de nombreux bouleversements…
Mais que se passe-t-il réellement derrière les façades de ces splendides demeures ? Ces sourires de convenances ? Mensonges, rancœurs, trahisons, harcèlement scolaire, familles recomposées , traumatismes et rebondissements seront aux rendez-vous !
Parallèlement aux aventures des différents protagonistes, nous suivons tout au long du livre, l’évolution de l’enquête aux travers des interrogatoires des personnes présentes lors de la soirée scolaire.

L’histoire se lit facilement, la psychologie des personnages est bien ficelée, le suspense ne manque pas et l’humour quelque peu sarcastique ajoute du charme à l’ensemble du récit.
Concernant la série, elle se décline en deux saisons de 7 épisodes chacune. Seule la saison une est basée sur le livre, la deux étant une suite inventée pour le petit écran. Le casting est impressionnant avec Nicole Kidman et Reese Witherspoon pour ne citer qu’elles.
Comme pour le roman, on rentre directement dans l’histoire.
Les acteurs sont en grande partie fidèles aux personnages du livre, la musique est bien choisie et les décors sont de véritables régals pour les yeux.
Bien entendu, la trame du roman n’est pas suivie à la lettre. Certaines situations, personnages sont rajoutés, et la scène finale est assez différente. Si l’on garde à l’esprit que les adaptations ne suivent pas toujours l’œuvre originale à la virgule près, vous ne serez pas déçus par cette série

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Le cœur de l’Angleterre de Jonathan Coe

Une tranche de vie anglaise de 2010 à 2018…
Un roman choral qui se déroule dans l’ Angleterre du Brexit. Benjamin et Lois, deux quinquas, viennent d’assister à l’incinération de leur mère. Ils vont devoir s’occuper de leur père, Colin. Benjamin vit seul dans un moulin de la campagne anglaise et se consacre à l’écriture du roman de sa vie. Sa nièce, Sophie, est en début de carrière universitaire. Elle fait la rencontre de Ian lors d’un stage d’auto-école et c’est le début d’une idylle dont nous suivrons l’évolution parfois chaotique… A côté de ces personnages principaux évoluent leurs amis et particulièrement Doug, un journaliste en contact étroit avec le conseiller politique de David Cameron.
Jonathan Coe fait ici une analyse intéressante et drôle de la crise anglaise. Il tente de nous expliquer comment la Grande-Bretagne en est arrivée là. Un roman fin et éclairant qui retrace la vie politique, économique et sociale  de l’ Angleterre de la dernière décennie par l’ intermédiaire de personnages attachants.

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A travers de Tom Haugomat

Tom et Noémie ont lu A travers de Tom Haugomat, édité chez Thierry Magnier… Et ils ont beaucoup aimé ! Tom a donc décidé de vous en parler 🙂

Une BD sans texte qui vous laissera sans voix !
C’est la vie d’un gamin qui voulait devenir astronaute … Des couleurs pour remplacer les mots, chaque page est un tableau, elle se déguste comme on mange un mille feuilles.
Ce n’est pas une BD (un roman graphique peut être), son auteur n’est pas un auteur de bd (il vient de l’animation) et pourtant c’est bien plus qu’une bd !
Vous l’aurez deviné, j’ai aimé 🙂

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Le Berger de l’avent de Gunnar Gunnarsson

Eric a lu Le Berger de l’avent de Gunnar Gunnarsson (éd. Zulma poche 2019; 1er parution en 1936), voici ce qu’il en dit !

Voici un livre court, très dense et très intense. L’histoire, simple et très belle de l’ascension d’une montagne par un berger ou plus exactement d’une « trinité » formée d’un homme, d’un bélier et d’un chien – cette notion ici ne s’expliquera que par la lecture du roman –  partis rechercher des moutons égarés au plus dur de l’hiver islandais. Seule leur expérience et leur amitié indéfectibles permettront aux trois compagnons d’affronter cette nature tellement rude, gigantesque, tumultueuse. Ce voyage, vécu par le berger comme un pèlerinage (l’ayant déjà fait 26 fois), est emprunt, en mode païen, d’un souffle religieux et philosophique quasi biblique. Ode à la nature sauvage, à la fidélité et à la solidarité (il aide au passage d’autres bergers) ce petit livre aurait inspiré Hemingway pour « le vieil homme et la mer »

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Les patriotes de Sana Krasikov

Un coup de cœur pour le premier roman de Sana Krasikov, Les Patriotes. J’ai dévoré cette saga d’ une famille juive qui nous emporte de Brooklyn au goulag soviétique sur trois générations, des années 1930 à 2008. Les trois personnages principaux, Florence, son fils Julian et son petit-fils nous font faire des aller-retours dans le temps et l’ espace entre les USA et l’ URSS/ Russie.L’ auteure analyse leur complexité psychologique, leur réflexion sur eux-mêmes, leur évolution.Florence la passionnée commence  la saga quand elle quitte New-York en 1934 par contestation de la société américaine capitaliste  en pleine dépression économique. Elle choisit de se rendre dans l’ URSS de Staline pour être aux premières loges de l’ Histoire.Elle rêve d’ une société sans classe, d’ égalité des sexes, d’ amour. Les déceptions l’attendent. L’enfance de Julian, son fils, sera sacrifiée par les choix idéologiques de sa mère. Dans ce beau roman,très bien documenté,l’ histoire personnelle est liée à l’ histoire des rapports entre USA et URSS avant la guerre froide,pendant la deuxième guerre mondiale, puis pendant la guerre froide jusqu’à aujourd’hui. Passionnant, attachant et très intéressant. On s’ en détache à regret…

Les gratitudes de Delphine de Vigan

Delphine De Vigan aborde ici le thème de la fin de la vie, dans un court roman solaire, plein de douceur.
Michka, la « maman d’adoption » de Marie, vieillit et perd peu ses facultés physiques et mentales.
Les mots s’ échappent progressivement et sont remplacés par d’autres, inadéquats. Avec l’aphasie vient l’angoisse, la perte d’autonomie physique. Michka est contrainte de s’installer dans une maison de retraite.
Marie, pleine de « gratitude » pour l’ amour et le temps que lui a donnés Michka, l’accompagne de sa tendresse dans ces derniers moments de vie. Il y a aussi la présence de Jérôme, l’orthophoniste. Celui-ci lutte pied à pied contre la fuite des mots et de la force de vie.
L’alternance des voix de Michka, Marie et Jérôme tisse ce court roman attendrissant, réaliste, sans aucun pathos. A lire absolument

Le goût de la limace de Zoé Derleyn

Le goût de la limace est un recueil de dix nouvelles intimistes. En quelques pages à peine, le lecteur partage un morceau de vie avec un protagoniste, et pénètre ses pensées les moins avouables, ses émotions et ressentis. Nous sommes tour à tour plongés dans l’esprit d’une jeune femme enceinte lors de la veillée funéraire de sa belle-mère, dans celui d’une adolescente qui s’imaginerait bien débarrassée d’une famille encombrante, d’un enfant qui hésite entre Pif Gagdet et une poignée de bonbons, ou encore d’une fille submergée par la fièvre.

 Dès la première nouvelle, la force de suggestion du style m’a saisie. En quelques lignes je me suis retrouvée projetée au cœur de l’intrigue, des sensations et des relations entre les personnages. Les histoires sont brèves, et toutes partagent cette incroyable intimité, liées aux protagonistes mais aussi aux descriptions sensuelles et évocatrices.  Lire la suite

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin Mc Arthur

« Un ami écrivain lui a dit un jour qu’il faut trouver l’histoire que l’on est seul à savoir raconter. »

Août 2011, l’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, dévastant tout sur son passage. Vale, qui a fuit sa famille il y a des années pour la Nouvelle Orléans, revient chercher sa mère Bonnie, disparue dans la tempête. Elle retrouve sa famille, sa tante Deb, une ancienne hippie, et la vieille Hazel qui mélange les souvenirs. Cette quête est aussi l’occasion de redécouvrir le passé de cette famille, et ses origines qui rejoignent l’histoire des Etats-Unis et des Amérindiens. 

« La malédiction de la maternité, songe-t-elle : nos enfants font notre bonheur, et nous sommes incapables de faire le leur. Alors nous souffrons, doublement. »

Ce roman, qui voyage entre plusieurs époques, nous raconte la destinée de femmes fortes et singulières et la nature omniprésente dans le Vermont. J’ai aimé les errances de Léna et sa chouette, l’idéalisme de Deb, les blessures de Hazel tout comme les difficultés identitaires de Bonnie et sa fille Vale. Si le roman parle surtout des femmes, les hommes sont là en filigranes, touchants avec leur tendresse et leurs lâchetés. 

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Asta de Jon Kalman Stefansson

« Si tant est que ça l’ait été un jour, il n’est désormais plus possible de raconter l’histoire d’un personne de manière linéaire, ou comme on dit, du berceau à la tombe. Personne ne vit comme ça. « 

Si nous entrons dans l’histoire d’Asta par le jour de sa conception, le reste de sa vie nous sera en effet conté sans continuité, mais par fragments.  A travers les souvenirs de son père d’abord, qui, tombé d’une échelle, se souvient et regrette, mais aussi à travers des lettres d’Asta à son amant, à travers ses propres souvenirs d’enfance, de Reykjavik à  la campagne islandaise en passant par Vienne ou la Norvège. 

Asta, ce prénom qui signifie « amour » en islandais lorsqu’on en retire la dernière lettre. Car l’histoire d’Asta est bien une histoire d’amour : l’amour passionnel de ses parents, cet amour fou qu’elle découvrira plus tard avec ses amants, mais aussi d’amour filial et tendre, et de cet amour imparfait et nécessaire qui nous relie aux autres et qui nous définit en tant qu’être humain. C’est aussi un demi siècle en Islande, avec les révoltes sociales, l’apparition du tourisme, cette dépendance très forte à la nature, à la lumière et les conditions de vie rudes, et des portraits magnifiques comme celui de la nourrice, ou de Josef, le garçon qui était parfois âge de deux mille ans.  Lire la suite

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón

A travers un kaléidoscope d’histoires, de personnages, de lieux à l’atmosphère unique, l’auteur  parvient  , au fil  de ces  840 pages,  à faire se rejoindre tous les chemins  afin de conclure magistralement sa série du « Cimetière des livres oubliés »,  entamée il y a 9 ans avec L’ombre du vent (et le succès que l’on sait)

Mention spéciale ici, pour le personnage d’Alicia (clin d’œil explicite à celui de Lewis Carroll) qui illumine de son feu obscur ce dernier épisode.

Après un tel retour sur l’histoire récente de l’Espagne et son cortège de ténèbres (dont le côté fantastique du récit gomme un petit peu l’horreur) on est étonné, mais finalement charmé, par cette fin presqu’idyllique  où les générations se retrouvent et où se lèvent les secrets.  Barcelone gardera désormais toujours l’ombre de…  Zafón !

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