Barcelona de Daniel Sanchez Pardos – 2016

Nous sommes en 1874. De retour d’Angleterre, Gabriel Camarassa, sa sœur et ses parents viennent se réinstaller à Barcelone. Le père Camarassa dirige un grand journal à sensation, le fils, Gabriel, entame des études d’architecte. C’est à l’école que celui-ci va faire la connaissance de Gaudi et devenir son ami. Accompagnés de la mystérieuse autant qu’inquiétante Fiona Begg, illustratrice au journal du père, les deux compères sont mêlés à une série d’intrigues qui les mènera dans les bas-fonds de la ville. On se situe dans un registre compris entre L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón et une aventure à la Dumas, le tout dans la Barcelone de l’époque, en plein boom économique, industriel et politique. Sur ce chapitre,  l’on émettra quelques réserves : on aurait aimé une trame historique plus forte. Antoni Gaudi, pour sa part est un personnage étrange, qui semble mêler dans des affaires douteuses, on se demande bien s’il peut avoir un quelconque rapport avec le bâtisseur de la Sagrada Familia et autres architectures géniales qu’on connaît… En définitive, le roman fonctionne bien et on se laisse emmener par les mystères de cette aventure, dont la grande héroïne est bien sûr… Barcelone !

L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset – 2016

lautre-quon-adoraitDans ce récit à la deuxième personne, Catherine Cusset s’ adresse à un ami disparu. Thomas, intellectuel brillant, aime avec passion la vie, l’ amour, les êtres, Paris et Manhattan. Il adore aussi le jazz et Marcel Proust. Sa vie est scandée par enthousiasmes et déceptions. Ses états d’ âme se succèdent au rythme de ses amours intenses, mais éphémères et ses multiples déménagements d’un campus universitaire américain à l’ autre… Avec une grande finesse psychologique et un style dense, l’ auteur décrit les sommets et les creux de la bouleversante descente aux enfers du héros : on n’ en sort pas indemne!

Terres Rares de Sandro Veronesi – 2016

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On retrouve ici le héros de « Chaos calme ». Cette histoire en est un peu la suite. Dans l’épisode précédent Pietro Palladini, père et veuf, décidait de passer son temps dans sa voiture devant l’école de sa fille. Ici, par contre, en résonnance avec l’immobilité de l’ouvrage précédent, le ciel lui tombe sur la tête, et, du fait des malversations de son frère et associé, il est contraint à la fuite. Comme si ce n’était pas assez, il perd aussi son téléphone, sa fille fugue (sans qu’il en sache le pourquoi), et… il serait aussi poursuivi par la police et un gang roumain !

Mais grâce au système de mails utilisé par Al-Qaida, son frère va lui faire parvenir l’adresse de quelqu’un qui pourra l’aider. Commence alors pour Pietro une longue quête du retour à la normalité, à la recherche d’un équilibre perdu qui comprendrait aussi le retour de sa fille. Une histoire bien ficelée qu’on vit de près avec le personnage principal, un roman qui m’a plu.

Eclipses japonaises de Eric Faye – 2016

eric-fayeCe roman nous invite à suivre le trajet de plusieurs japonaises enlevées par la Corée du Nord dans le but de former de futures espionnes. Après présentation des différents protagonistes, l’auteur réussit à tisser une toile fascinante au moyen des histoires personnelles de ses personnages (tous inspirés par des personnes réelles qu’il a même parfois rencontrées). Un sujet original dont l’ambiance m’a pourtant semblé familière. Plus d’une fois, j’ai songé à Ismaïl Kadaré, et pour cause : c’est Eric Faye lui-même qui a préfacé tous les tomes de l’œuvre complète du grand écrivain albanais. Retirez-en la trame « folklore et traditions anciennes » et l’on est ici dans un univers carcéral et autoritaire similaire à celui de Kadaré. La valeur de ce roman est réelle pourtant : il reste captivant tout en nous ouvrant les portes d’un pays et d’une histoire très lointains de notre vécu.

Et puis, finalement, certaines de ces destinées tronquées trouveront quand-même un peu de lumière au bout du chemin… Dommage, cependant, que ce roman ne soit pas un peu plus long : le sujet et le traitement qui en est fait le permettaient. De ce fait, la bibliographie en annexe est on ne peut plus judicieuse.

Emilio, les blagues et la mort de Fabio Morábito – 2010

emilio-les-blagues-et-la-mortDans ce bouquin d’un auteur mexicain, un jeune homme atteint d’hypermnésie passe son temps au cimetière de Mexico. Il y déambule à la recherche de son propre nom, croyant qu’en le trouvant il pourrait conjurer le sort. C’est armé d’un détecteur de blagues (il croit que celui-ci fonctionne vraiment) qu’il va aussi y croiser des adultes, et même y vivre une histoire d’amour. Une petite histoire curieuse et décalée aussi sympathique qu’inquiétante.

L’amie prodigieuse, tome 1 : Enfance, adolescence ; tome 2 : Le nouveau nom de Elena Ferrante – 2014 ; 2016 –

L'amie prodigieuseL'amie prodigieuse 2« L’amie prodigieuse : enfance, adolescente » et « Le nouveau nom » sont les deux premiers volets du roman-fleuve d’Elena Ferrante, qui comprendra quatre tomes. Cette saga italienne est une histoire d’amitié entre deux jeunes filles, Lila Cerullo et Elena Greco. Toutes deux nées à la fin des années 40, issues du même quartier populaire de Naples, ont un énorme potentiel de réussite scolaire. Très tôt, leurs chemins vont se séparer. Lila, la surdouée, quitte rapidement l’école pour travailler dans la cordonnerie familiale. En revanche, Elena, la besogneuse, soutenue par son institutrice, poursuit ses études. Chacune se bat à sa manière pour échapper à la soumission patriarcale et à la pauvreté des bas-quartiers.

Ce roman époustouflant est avant tout une photographie de tout un quartier, et plus généralement de l’Italie populaire des années 50 et 60, avec en toile de fond la Camorra, le parti communiste et le machisme méditerranéen.

L’arbre du pays Toraja de Philippe Claudel – 2016 –

coup de coeur arbre du pays TorajaPhilippe Claudel nous explique d’ abord l’ origine de ce titre énigmatique.
En Indonésie, cet arbre accueille les corps des petits enfants morts. Il continue à pousser et emmène ces corps vers le ciel.
Face à ce rite funéraire, l’auteur réfléchit à la façon dont nous faisons vivre en nous ceux qui ne sont plus.
Le livre est une sorte d’arbre de Toraja dans lequel restent vivants les êtres chers que le narrateur, un cinéaste, a perdus. Il nous fait vivre, avec beaucoup de sensibilité, les souvenirs de son ami qui l’ accompagnent au-delà de la mort.
Ce livre sur la mort est paradoxalement optimiste, une ode à la vie grâce  aussi à l’ évocation du nouvel amour du narrateur vieillissant pour une jeune voisine…
Un beau livre, plein de philosophie de vie…très attachant, malgré la gravité du propos.

Check-point de Jean-Christophe Ruffin – 2015 –

9782070146413,0-2580264Un road novel psychologique passionnant sur fond d’ action humanitaire… Rufin nous emmène dans le quotidien d’ un convoi vers la Bosnie en guerre. Quel choix la jeune héroïne, Maud, posera-t-elle, au contact de ses quatre coéquipiers, poussés par des conceptions bien différentes de leur mission? «De quoi les victimes ont-elles besoin? De survivre ou de vaincre ?» se demande l’ auteur, dans sa postface… Dominés par leurs passions, les personnages s’ affrontent dans le huis-clos de leur camion jusqu’ à l’éclatement final de l’ équipe qui tourne au drame. Un livre d’ aventure et de réflexion politique que l’on dévorera en ces temps de crise…

La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald – 2015 –

biblio des coeurs cabossésUne jeune Suédoise, Sara, petit rat de bibliothèque, est invitée par une vieille dame cultivée Amy Harris à venir la visiter dans sa petite bourgade américaine, en Iowa. Toutes deux entretenaient depuis deux ans une correspondance sur la littérature et sur la vie en général. A son arrivée, tous les plans de Sara sont chamboulés : Amy est morte et elle se retrouve plongée dans cette étrange petite ville de l’Amerique profonde. Elle va rapidement apprivoiser le monde d’Amy : ses amis et ses livres. Elle utilise d’ailleurs ses derniers pour monter une librairie.

Un livre-bibliothèque, à savoir un genre très à la mode : un livre qui parle des livres, qui manque parfois un peu de consistance, mais à déguster comme un bon et gros bonbon!

Petit Piment d’Alain Mabanckou – 2015 –

petit-pimentDans le Congo (ex-français) des années 60’, on voit grandir un enfant et ses condisciples dans un orphelinat un peu éloigné de la capitale. Un roman qui débute de manière plutôt savoureuse avec le personnage enchanteur et fantasque de Papa Moupelo, originaire du Congo voisin, qui apprend des chants et des danses à ses protégés. Les enfants l’adorent et voient en lui un père, mais la révolution va passer par là, et le directeur, un bouffon tyrannique dans la lignée du nouveau pouvoir, se chargera de faire remplacer tous ceux qui ne sont pas dans la ligne du parti par des hommes de son clan…
E. Machtelinckx

L’accident de téléportation de Ned Beauman -2015-

teleportationOn suit, dans ce livre curieux et cocasse à l’intrigue imprévisible, les aventures d’un certain Egon Loeser ( Loeser = Looser ?), un héros raté qui vivote dans les milieux artistiques du Berlin du début des années trente. Cet homme est obsédé par une machine (de téléportation, qui ne fonctionnera jamais), par le sexe (qu’il ne pratique jamais) et par une femme dont il est amoureux (une débauchée du nom d’Adèle Hitler !) qu’il va tenter de rattraper durant toute l’histoire, depuis l’Allemagne jusqu’à Paris. Un roman assez tordu qui surfe sur toutes ces données tout en se jouant des genres. On y rit beaucoup… pour autant qu’on apprécie l’humour absurde !
E. Machtelinckx

Le sourire étrusque de José Luis Sampedro

sourire etrusque-300x460Ce livre absolument magnifique évoque avec une infinie sensibilité les derniers mois de la vie d’un vieux Calabrais atteint d’un cancer. Lorsque s’ouvre le roman, celui-ci quitte son village natal pour rejoindre Milan où habitent son fils et sa belle-fille pour y subir des examens médicaux.
Ce sont alors deux mondes qui se heurtent, tant la vie rurale, faite de simplicité et obéissant à des traditions ancestrales, qui est celle du vieux, est éloignée de la société industrielle moderne qu’il découvre dans la grande cité italienne. Au-delà des aspects matériels, ce sont surtout les relations entre les individus qu’il ne comprend pas. Son plus grand désarroi naît de la façon dont son fils et sa belle-fille élèvent leur propre fils, Bruno, âgé de 13 mois, et qu’il rencontre pour la première fois.
Pourtant, le vieux va très vite nourrir un amour sans borne pour ce « Brunettino » : un amour tel qu’il n’en a encore jamais connu et qui va lui procurer les derniers, et peut-être les plus beaux moments de bonheur de son existence.
Pour cet enfant, il est prêt à rester dans cette ville qui lui est pourtant hostile. Et peu à peu, grâce à cette relation nouvelle, le regard qu’il porte sur le monde se transforme. Il fait aussi des rencontres. Ses souvenirs se mêlent aux expériences nouvelles pour donner une autre lecture de la vie et du monde.
Riche de rires et d’émotions, ce récit initiatique ayant pour héros un être au crépuscule de son existence insuffle espoir et enthousiasme, car il nous apprend que, jusqu’au dernier instant, la vie peut être découverte, amour et bonheur.

American rigolos : chroniques d’un grand pays de Bill Bryson

bill-bryson-american-rigolosAprès une vingtaine d’années passée en Angleterre, Bill revient aux Etats-Unis, son pays natal, avec sa petite famille. Un vieil ami lui demande de rédiger des « colonnes » pour un hebdo, les « notes from a big country » sont nées.
« Ah tiens, un chroniqueur » vous-dites vous… Erreur fatale : Bill est THE chroniqueur! Jamais méchant, un peu ironique et faussement naïf, Bill observe et expérimente le quotidien.
Chaque chronique est ciselée; si ça part toujours de l’anecdote, ça s’envole immanquablement vers une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît et ça revient sans faute au sujet de départ. le tout de façon si légère qu’on ne le sent même pas passer. On ne comprend cette belle mécanique qu’après dissection, quand on commence à essayer de comprendre comment ça marche son truc, comment il fait pour être si concis, précis, pertinent et surtout… surtout… si drôle. A ne pas lire en public si vous ne voulez pas vous faire remarquer par vos éclats de rire…

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

patatesJanvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, un natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis – un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d’un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d’une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates…) – délices bien évidemment strictement prohibés par l’occupant. Jamais à court d’imagination, le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d’humanité – Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle – et même d’autres habitants de Guernesey –, découvrant l’histoire de l’île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l’impact de l’Occupation allemande sur leurs vies… Jusqu’au jour où elle comprend qu’elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l’invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu’elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.

Un roman drôle et tendre, vraiment attachant…

84, Charing Cross Road d’Helen Hanff

Hanff

Automne 1949. Suite à une annonce publiée dans le Saturday Review of Literature, Helene Hanff, une américaine lectrice et scénariste pour la télévision, découvre l’existence de la librairie Marks & Co, située au 84, Charing Cross Road, à Londres. Cette librairie, spécialisée dans les livres épuisés, rares et anciens, qui propose des livres  » à moins de 5 $ pièce « , correspond tout à fait au maigre budget et aux intérêts littéraires de mademoiselle Hanff. Celle-ci a vite fait de passer commande de ses  » problèmes  » (comprenez : livres ARDEMMENT recherchés) auprès de l’équipe de libraires, et plus spécialement l’un d’entre eux, Frank Doel, avec qui elle engage une correspondance plus exclusive et privilégiée.

D’un ton formel du côté british, la correspondance devient plus familière et amicale au fil du temps. Cette relation épistolaire entre Helen et le microcosme Marks & Co sera d’une fidélité exemplaire, puisque pendant 20 ans, ceux-ci liront les emportements ironiques et savoureusement drôles de l’américaine, ses réactions plus ou moins enflammées à la réception des ouvrages, ses remerciements passionnés.
On est fasciné par l’amitié qui se tisse entre les personnages, auxquels on s’attache. Et, surtout, on se laisse prendre par la passion de ces amoureux du livre….